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Récits de courses

     Un récit de fous

Le récit de l’intérieur, vu par Annie et Patrice, du Grand Raid de La Réunion 2016 (plus communément appelé « La Diagonale des Fous).

Nous ne partons pas en terre inconnue puisque nous l’avions déjà fait et terminé en 2010 (en 51h20’) mais sur un parcours différent.

Jeudi 20/10 à 19h (h-3): Nous quittons notre villégiature à Piton Saint-Leu située à 28km du lieu de départ de la course à Saint-Pierre. Nous sommes étonnés de la fluidité de la circulation. Mais aux abords de Saint-Pierre, ça se complique mais nous nous garons après un bon 1/4h de recherche. Le temps est idéal, pas de pluie et la température aux environs des 25°C.

Jeudi 20/10 à 20h30 (h-1,5): Arrivée à l’entrée du site du départ à La Ravine Blanche à proximité de l’océan indien. Un dernier au revoir à nos 2 assistants (Patricia et Stéphane) et c’est déjà la forte empoignade pour rentrer dans l‘enceinte avec nos 3 sacs assistance en main à déposer devant les camions (qui les affréteront ensuite à CILAOS au km68, à SANS SOUCI au km128 et à l’arrivée au stade de La Redoute au km167). A ce moment précis, nous perdons de vu Laurent et François. Puis nous arrivons au contrôle du matériel obligatoire que nous avons minutieusement préparé la veille dans des sacs plastiques transparent (consigne préconisée par les organisateurs) pour faciliter la tache des contrôleurs. Enfin nous voilà dans l’arène avec déjà un bon millier de raiders assis ou allongés à même le sol à attendre l’heure fatidique. Là, nous retrouvons Cédric et apercevons de l’autre côté des barrières sa petite famille. L’attente commence et pour passer le temps, nous profitons de la collation offerte par l’organisation. Quelques minutes plus tard, nous rencontrons François et Laurent que nous avions perdu de vu depuis l’entrée sur le site. Les 5 saint-gillois raiders sont donc à nouveau réunis.

Jeudi 20/10 à 21h45 (h-0,25) : les 2700 raiders sont bien présents et l’ambiance chauffe avec un concert sur la scène et les speakers qui donnent de la voix. Avec Cédric, Laurent et François, nous sentons un mouvement de foule car l’ouverture des barrières est imminente pour se rendre à la ligne de départ. Ce que je craignais, arrive, à l’ouverture du sas, on ressent une grosse poussée (de 2700 raiders) qui nous coince contre les barrières (limite dangereux). On s’extirpe tant bien que mal et nous arrivons sur le boulevard du départ. Cédric, Laurent et François s’en sont mieux sortis et sont mieux placés que nous devant.

Jeudi 20/10 à 22h (heure H) : TOP DEPART ! Une ambiance extraordinaire : Une foule de chaque côté de la route sur les 5 premiers kms avec un feu d’artifice au-dessus de nos têtes. Vraiment magique ! On se rend compte de l’importance de cet évènement pour les Réunionnais. Dans l’euphorie, nous décidons de courir à une allure soutenue pour éviter les bouchons dès la première montée. Après une bonne dizaine de kms sur route, nous entamons les premières parties de chemin dans les champs de canne à sucre en légère montée mais déjà nous marchons pour récupérer de ces premiers kms avalés rapidement car la route est longue.

Jeudi 20/10 à 23h45 (1h45 de course) : Nous arrivons au 1er ravito à Domaine Vidot au 14è km dans une ambiance de folie. On ne s’y attarde pas, on se ravitaille rapidement car le chemin à la sortie est très étroit et pentu. Par endroit la pente est si raide qu’il faut s’aider des branches. La progression en file indienne est lente et il est impossible de doubler dans cette végétation abondante. De plus, des soucis gastriques m’obligent à m’arrêter au stand plusieurs fois et laisser filer Annie.

Vendredi 21/10 à 2h25 (4h25 de course) : Notre Dame de La Paix (25èkm). Annie rejoint François au 2nd ravito. J’arrive 10 bonnes minutes plus tard. J’avale tout de suite 2 sachets de Smecta. Nous nous ravitaillons et surtout nous nous couvrons car à 1565m d’altitude, la fraîcheur se fait sentir et l’ascension jusqu’à Piton Textor à 2165m d’altitude est loin d’être terminée. Nous repartons donc pour les 16 derniers kms d’ascension. François ressent une douleur derrière la cuisse mais rien de grave puisque nous marchons tranquillement dans cette longue ascension.

Vendredi 21/10 à 5h45 (7h25 de course) : Piton Textor (41è km), enfin nous y sommes au sommet de ces 35kms d’ascension avec en prime le lever du soleil et une vue imprenable sur le Piton des Neiges (point culminant de l’ile à 3070m d’altitude) et sur la plaine des Cafres, notre prochaine destination. Le vent frais nous oblige à nous restaurer rapidement. Une bonne soupe chaude et on repart pour 10km de descente gentillette jusqu’au prochain ravito à Mare à Boue. Cette portion ne nous est pas étrangère car nous l’avions déjà empruntée en 2010.

Vendredi 21/10 à 7h30 (9h30 de course) : Arrivée à Mare à Boue, 51kms (faciles) de fait mais rien à côté de ce qui nous attend. Nous profitons donc de nous restaurer : au menu, soupe, rougail saucisses, café, thé, coca. De plus mes problèmes gastriques ont enfin disparu, je profite donc pleinement de ce ravito pour recharger les batteries qui étaient bien à plat … Après une bonne pause d’1/2h , nous partons à l’attaque de la montée du Coteau Kerveguen. François part devant et on ne le verra plus jusqu’à Cilaos. Cette montée est compliquée, le sentier est humide, glissant avec ses marches et branchages posés à même le sol par l’ONF qui entretient (soit disant les chemins de randonnées). Mais une fois arrivé au sommet à 2200m d’altitude, nous basculons dans le cirque de Cilaos par une descente hyper technique. De mémoire d’ultra fondu, je n’ai jamais vu un truc pareil : la pente est très raide et glissante, impossible de courir, par précaution, il faut par endroit s’aider des branches, des roches (sensibles au vertige, s’abstenir !).

Vendredi 21/10 à 12h45 (14h45 de course) : Arrivée à Cilaos (68è km), la 1ère base de vie. Nous rencontrons Stéphane venu à notre rencontre avec Patricia et la petite famille Aubert. Çà fait du bien à ce moment de la course de voir des gens de notre entourage car nous ne sommes pas au mieux moralement. Nous entrons dans le stade, récupérons notre sac assistance. On se change complètement de la tête au pied car une nouvelle course commence ou plutôt devrais-je dire : « La course commence maintenant ! ». Ce qui nous attend sur les 50 prochains kms, c’est 4100m de dénivelé positif à avaler. Nous rencontrons François, arrivé 1/4 h plutôt dans la salle du ravito. Après une bonne heure d’arrêt, nous quittons ensemble Cilaos et nos assistants (Stéphane et Patricia) en direction de Marla avec au préalable l’ascension du col cascade bras rouge et du fameux Taïbit (soit environ 10km de montée raide et technique) que nous allons cette fois exécuter de jour contrairement à 2010. François plus en jambe que nous, nous lâche à nouveau dès le début de la montée sous une chaleur accablante. Arrivée au sommet du Taïbit après 3h d’ascension, nous basculons dans le cirque de Mafate malheureusement dans le brouillard qui nous empêche d’admirer ce fantastique lieu. Nous entamons donc la descente vers Marla sans tarder car le début de nuit commence déjà à pointer son nez.

Vendredi 21/10 à 18h (20h de course) : Arrivée à Marla (80è km). Nous nous réfugions dans une tente avec les secours qui nous acceptent gentiment pour nous changer et restaurer nos pieds qui commencent à souffrir. Nous sommes installés à côté d’un coureur britannique qui commence à vomir. Pas terrible avant d’aller casser une croute mais l’ambiance est malgré tout à la rigolade car les jeunes secouristes ne parlent pas un mot de langue de Shakespeare ; Inutile de vous dire que je les chambre un peu surtout lorsque une d’entre eux tente une phrase du style : « Do you want to VOMIT ? » : Là on éclate de rire (surement aider aussi par la fatigue) mais notre ami anglais lui ne ressent pas du tout la même chose le pauvre. Bref nous leur souhaitons bien du courage et allons manger une bonne ration de poulet carry et de soupe. Après ¾ d’heure d’escale, nous quittons Marla dans la nuit en direction de Sentier Scout et le col des Bœufs, encore 2 montées successives sur 5kms. Un réunionnais très sympa comme beaucoup d’ailleurs, nous rejoins et nous guidera tout au long de la montée (car il connait bien le parcours) jusqu’au sommet du col des Bœufs où se succèdent (comme dans la plus part des chemins sur le parcours) sans discontinuer des marches, des cailloux, des racines, des branchages. A ce moment précis, nous venons de passer la mi-course pendant que l’extra-terrestre François D’HAENE franchit la ligne d’arrivée en vainqueur. La fatigue commence sérieusement à nous gagner dans cette seconde nuit où nous attaquons la descente vers Ilet à Bourse et Grand Place. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, puisque tout au long de cette descente, nous apercevons des corps allongés au sol et enveloppés dans des couvertures de survie : UN VRAI CHAMP DE BATAILLE. Nos paupières commencent à être lourdes mais il faut malgré tout rester concentrés sur nos appuis en suivant notre faisceau de lumière généré par nos lampes frontales. Une sieste s’impose urgemment !

Samedi 22/10 à 2h15 (28h15 de course) : Nous arrivons enfin au 100èkm à Grand Place. Plus tard, nous apprendrons que Laurent pourtant bien parti, a malheureusement abandonné à ce point. Nous décidons de nous y reposer car le sommeil nous traque déjà depuis quelques kms. Nous nous installons dans une tente avec d’autres raiders allongés dans une couverture de survie sur des sacs plastiques en guise de matelas de fortune. Le bénévole à l’entrée nous demande notre temps de pause pour qu’il vienne ensuite nous réveiller. Nous lui indiquons : 1/2heure. C’est le service 4 étoiles comme à l’hôtel (LOL). Mais 1/2h plus tard, le réveil est difficile ; Annie me dit que la sieste est trop courte mais il nous reste du chemin à parcourir et lui dit que si nous ne voulons pas entamer une troisième nuit alors il faut partir sans oublier le passage au ravito. De plus, ce qui nous attend c’est 1500m de dénivelé positif sur 13km ; c’est la grosse difficulté de ce parcours avec l‘ascension du terrible Maïdo. Pendant ce temps, François fait son petit bonhomme de chemin et creuse un écart d’1h30 sur nous.

Samedi 22/10 à 9h50 (35h50 de course) : Arrivée au sommet du Maïdo (115è km). Nous avons vaincu Mafate et ce n’est pas si peu dire tant ce cirque est casse-patte et technique. Une bonne épine du pied en moins, 2/3 de fait car nous laissons derrière nous les grosses difficultés de cette édition 2016 (du moins c’est ce que je pense à ce moment de la course). A présent ce sont 14kms de descente agréable dans un chemin de terre poussiéreux longeant la crête du cirque de Mafate et qui nous amène à la seconde base de vie à Ecole Sans Souci au km 129. A 4km du ravito, nous découvrons François assis sur un banc au téléphone et un peu abattu et surtout gêné par des échauffements à l’entre cuisse. Je le remotive en lui disant qu’il a fait le plus dur et qu’en arrivant à Ecole Sans souci, nous aurons parcouru 129kms et qu’il restera seulement 38kms (même pas un marathon, de la rigolade). Nous alternons donc marche et course sur ces 4 derniers kms. Pour info, Cédric a réalisé une super course et est déjà arrivé depuis 25 minutes à La Redoute.

Samedi 22/10 à 12h40 (38h40 de course) : Arrivée à la seconde base de vie à Ecole Sans Souci (129è km). Rituel habituel, on passe au ravito ; avec surprise nous dégustons des crêpes confitures, et bien d’autres bonnes choses solides et liquides. Sans tarder, on récupère notre sac assistance pour nous changer de la tête au pied et redéposons notre sac de linge sale aux emplacements prévus à cet effet. François et moi attendons Annie qui en à profité pour se doucher. Nous la cherchons et commençons à s’impatienter. Bref tout rentre dans l’ordre et reprenons notre marche en avant. La chaleur ne nous quitte plus depuis plusieurs heures et elle se fait encore plus sentir le long du littoral. Après avoir retraversé pour la 4è fois la rivière des Galets qui serpente dans le cirque de Mafate pour se jeter dans l’Océan indien, nous attaquons sous le cagnard un chemin pentu interminable qui monte au droit dans les champs de canne à sucre puis se succède la traversé de 2 ravines où là il faut avoir des qualité TARZANiques tant il faut savoir jouer avec les lianes pour s’affranchir des obstacles naturels (roches, branchages).

Samedi 22/10 à 18h20 (44h20 de course) : Arrivée à La Possession (146è km). Début de la 3è nuit. Nous retrouvons avec un immense plaisir nos assistants (Patou pour les intimes et Stéphane) accompagnés de Laurent. François n’est pas au mieux, gêné par des douleurs aux genoux et des échauffements à l’entre cuisses. Il profite de ce ravito pour se faire soigner et masser pendant environ 1h. Annie, qui a repris du poil de la bête (tout comme moi) et sentant l’écurie à un semi –marathon de l’arrivée (que nous connaissons puisque c’était déjà la même fin de parcours en 2010), décide de ne pas trainer et de repartir rapidement. Nous laissons donc François avec une certaine crainte qu’il ne puisse pas repartir ; mais c’est mal le connaitre car il va faire preuve d’un mental exceptionnel. Nous attaquons l’emblématique chemin des Anglais sur 7km jusqu’à Grande Chaloupe: Ce chemin est ainsi nommé depuis que les Anglais en 1810 l’ont emprunté pour rejoindre Saint-Denis et remporter la bataille. C’est un chemin constitué de pavés de roches volcaniques posés à même le sol sans jointure et plus ou moins espacés. Je ne vous raconte pas le calvaire. D’ailleurs, Annie se foulera la cheville à 3 reprises. De plus la nuit est tombée depuis 1/4h, ce qui ne nous facilite pas la tâche. François aura le même sentiment sur ce passage.

Samedi 22/10 à 20h30 (46h30 de course) : Arrivée à Grande Chaloupe (153è km). Après un rapide contrôle et ravitaillement, nous repartons pour 9 km d’ascension et 5km de descente technique jusqu’à l’arrivée au stade de La Redoute de Saint-Denis. Arrivés au sommet de Colorado, Stéphane (qui a des fourmis aux jambes et comme je le comprends à nous voir courir) vient à notre rencontre dans la descente et nous accompagne jusqu’à la ligne d’arrivée.

Dimanche 23/10 à 00h40 (50h40 de course)  : ARRIVEE avec un grand « A » pour venir à bout de ces 167kms et ces 9700m de dénivelé positif et négatif. Nous passons l’arche avec Stéphane car lui aussi ainsi que Patou et vous tous l’avez ultra bien mérité. Après tant d’efforts et de sacrifices et de préparation physique et mentale pendant des mois, nous allons pouvoir toucher le Graal : la médaille autour du cou avec le fameux tee-shirt jaune estampillé « J’AI SURVECU ». Pendant ce temps, Cédric est parti récupérer nos sacs assistances de linge sale rapatriés par l’organisation des 2 bases de vies et surtout notre 3è sac de change à l’arrivée. Dès que Cédric (que nous remercions) nous rejoint, nous nous rendons immédiatement dans les vestiaires du stade pour faire une bonne toilette car 3 jours et 3 nuits de course, ça commence à sentir le FENNEC. Nous voici donc finishers pour la seconde fois avec un temps amélioré de 40 minutes par rapport à 2010 et surtout sur un parcours bien plus exigeant. François arrivera 2h20 plus tard après s’être battu jusqu’au bout contre ses douleurs et la fatigue et peut lui aussi être fier de ce qu’il a accompli. Toute l’équipe St-Gilloise présente nous offre une DODO (=bière locale) que nous avalons avec grand plaisir. Quel bonheur !
Il est 3h30 (dans 2h le jour se lève déjà) et sans plus tarder, nous reprenons la route : retour au bercail. Inutile de vous dire que François, Annie et moi débutons notre nuit de sommeil durant cette petite heure de trajet.

Dimanche 23/10 à 4h30 : Arrivée au point de départ de cette aventure dans notre villégiature pour un repos du guerrier ultra mérité.

Voici donc notre vécu. Malgré la souffrance et les moments difficiles que nous avons traversés, nous en garderons un excellent souvenir et de belles images plein la tête.
Cette course reste mythique et pionnière en son genre.
C’est une course Ultra magique dans une ile Ultra magique avec des réunionnais Ultra sympathiques.
Pour tout coureur averti au mental d’acier, cette épreuve est à faire au moins une fois dans sa vie.
Alors avis aux amateurs …

PS : Les Réunionnais sont les champions du monde de confection d’escalier en pleine nature …

En bonus la vidéo réalisée par Laurent

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